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Cauchrev’ailles

Par Shazou • 20 avr, 2008 • Catégorie: Ecriture, Histoire

C’était une nuit vers 19h19, à l’heure où Chantille devait prendre le souper. Elle n’avait certes que dix-huit années mais elle savait déjà tout des bonnes manières et de la bonne conduite à avoir lorsque son père recevait des invités. Son père, Lord Avery, était un homme respectable et de bonne fortune qui gagnait son commerce à éditer des pamphlets et des lettres de courtoisie dans son imprimerie Avery et fils. Bien sûr, l’on peut s’en douter, il avait un fils, Harold. Monsieur Avery avait toujours eu une certaine préférence pour son fiston et Chantille le sentait bien. Ainsi passait-elle le plus clair de son temps à tenter de plaire à son père, à éviter toutes faiblesses qui tâcheraient la réputation de son père.

Cette nuit, Chantille fut prise d’une fièvre subite. A l’heure du souper, elle envoya Nicole, sa gouvernante, prévenir son père de son état et par-là de son incapacité à assister au souper. Elle s’endormît presque aussitôt, dans son lit, confortablement installée avec son oreiller en plumes d’oie. « Songes, songes, venez à moi », disait-elle.
Elle ferma les yeux et reposa dans les bras d’Orphée. Une sirène nageait vers elle, des ciseaux à la main. Elle la brandissait comme s’il s’agissait d’un objet précieux renfermant un message vital. Puis, le trou noir où Chantille s’enfonça de plus en plus, incapable de se débattre et cette douleur, une douleur cinglante et aigue. Chantille se réveilla en sursaut, les larmes aux yeux. Elle était en sueur. Elle ne se rendît pas immédiatement compte de l’endroit où elle était et, affolée, se mît à crier de toutes ses forces.

Nicole arriva à grands pas dans la chambre et en la voyant, se mit à gesticuler telle une possédée en proie à des hallucinations. Chantille bondit sur elle et essaya de la calmer. Elle ne comprenait pas pourquoi sa gouvernante s’était mise dans un tel état. Puis se retournant vers la coiffeuse, au coin de la chambre, elle constata l’état de ses cheveux. Elle qui avait les plus beaux cheveux, couleur ambre, aux boucles parfaites, il n’en restait plus rien si ce n’est un semblant de coupe au carré dissymétrique. Alors elle se remémora le cauchemar, la sirène, la paire de ciseaux…. Mais elle réfuta cette idée, la jugeant impossible.
Son père interrompit ses pensées. Il la vit et, horrifié, prit un air déterminé :

- « Chantille, par tous les saints, comment avez-vous pu mon enfant ? Vouloir attirer l’attention de la sorte est indigne de vous jeune fille ! Vous serez punie comme il se le doit.
- Père, je vais vous…
- Plus un mot ! Il suffit ! Recouchez-vous, nous en rediscuterons demain, calmement. Je reçois le duc de Northampshire par tous les diables ! »

Il s’en alla alors, en claquant la porte, suivi de Nicole encore sous le choc. Chantille resta un moment inerte, à ressasser tous les évènements dans sa tête. Puis, se remémorant son rêve, elle se souvînt d’une marque sur le front de la sirène. C’était une sorte de demi-lune, gravée sur sa peau. C’était également la marque de fabrique des imprimeries de son père, une sorte de signature que son père attachait à chacune de ses publications. La réponse devait, d’une façon ou d’une autre, se trouver dans l’imprimerie.

Elle se dirigea alors sur le toit, autre accès vers l’imprimerie. En entrant, elle vit quelque chose de bleu et d’étincelant qui tomba du plafond. « De plus en plus bizarre », se dit-elle. C’était une sorte de clé en forme de demi-lune comme la marque de la sirène. Chantille regarda cet objet curieux et en l’examinant attentivement découvrît un minuscule bouton en forme d’étoile. Elle appuya fortement sur celui-ci et vît alors tout autour d’elle se transformer progressivement en une sorte de clairière, baignée de lumière. Elle ressentît alors un léger picotement puis commença à avoir froid. Tout à coup, elle se sentit comme happée et se retrouva au fond d’un lac.

Alors, la sirène apparût, belle comme le jour, diabolique comme la nuit. Ses yeux étincelants avaient quelque chose d’attrayant et d’effrayant à la fois. Plus elle s’approchait, plus son visage paraissait familier.

- « Bonjour ma douce Chantille, cela faisait longtemps !! Enfin te voilà…
- Mère ? »

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